Pour voir, il faut d’abord regarder.
Regardons. Gardons à nouveau…
en nous ce que le jardin offre à nos yeux, à nos sens.

Je suis assise sur un tapis de chatons vieux rose, ils guident mon regard vers les médicinales, les aromatiques et les sauvages.
Je veux poser mes pieds, mes mains, mon dos sur la terre, prendre racine ici le temps qu’il faudra, capter les derniers instants de rosée ce matin. Je veux toucher, gratter, patouiller, sentir le pétrichor, fragrance enfantine et rassurante. Je veux encore coller mes doigts à la tige du pissenlit, revenir ce soir les ongles noirs, les genoux écorchés et les veines fleuries.

Pour voir, il faut nommer.
Le jardinier le sait, qui a installé à chaque plante une ardoise pour qu’elle existe. Ce que l’on ne nomme pas n’a pas eu lieu. Ce que l’on ne nomme pas tombe dans l’oubli.
Ici chaque plante a trois noms :
le commun, souvenir d’enfance ;
le scientifique, jardin soignant ;
le latin, jardin histoire, humanité et transmission.
Que vois-tu dans la sonorité de astéracées, lamiacées, onogracées ?
Le jardin s’écrit, se nomme, il vit.
Maintenant je vois.
Le vent souffler entre les herbes hautes, la pensée pourpre qui s’échappe, nos frontières végétales que la nature ignore.
Maintenant je vois les liens qui guident et ceux qui protègent, les rameaux tressés qui serpentent sur la terre, les arches et les abris qui attirent mes pas.

Maintenant je vois l’odeur citronnée d’une feuille froissée dans ta main, les insectes orfèvres, l’humidité d’un tapis vert sous nos pieds.
Maintenant, je regarde et je vois.