Le crocodile amer pose sa tête décharnée sur la berge d’un fleuve vert. Il est arrivé au terme de son histoire, a élu domicile au jardin.

Je deviendrai plante.
Je deviendrai végétal, immobile et serein, surveillant vos émerveillements, accueillant le sommeil de vos siestes et vos rêveries fanées.
Mes écailles se muent déjà en écorce : déchiquetées, effritement du temps, sillons de mon destin.
Le silence remplacera mes révoltes. La mousse grisée couvrira mes tempêtes et mes futiles quêtes. Mon œil apprivoisera peu à peu le cadre et le hors cadre de vos feuillages et vos bourdonnements.
J’abandonne la colère et je reviens à la terre.
