Mes provisions. Mon voyage.
Tout était prêt. C’était décidé, je partirais seule cette année. Depuis bien longtemps. Pas de compromis. Résister, s’y tenir, partir quelques jours, mais seule.
Toutes ces années, tous ces étés tellement prévisibles, toujours le même petit sentier caillouteux, toujours la même dune à gravir, la même plage, si longue, si plate. Et puis, je n’avais jamais osé le lui avouer, mais je déteste, mais alors je déteste, le sable. Le sable qui se glisse entre mes orteils, qui colle sur mes mollets, dont je ne me débarrasse jamais tout à fait. Tous ces étés ensablés !
Où aller pour se sentir vraiment en vacances ? Je parcourais le rayon guide touristique de cette grande surface de la culture :Laos, Thaïlande, les cottages d’Angleterre, les canaux des villes du Nord, les grandes villes, je n’avais jamais vu Berlin, pourquoi pas ? Mais aucune destination ne semblait combler ma quête. Prenons le problème autrement, pensai-je. Que fallait-t-il pour se sentir vraiment en vacances ? Je ferais d’abord mes provisions, la destination suivrait.
D’une énorme valise, je passai à un sac à dos, le vieux sac à dos de randonnées de ma jeunesse, pour finalement conclure avec ce petit bagage tout simple. il ne me fallait pas grand chose pour me sentir vraiment en vacances ; c’était décidé, j’irais sur ce lac, le lac sur lequel j’avais pratiqué le pédalo pour la première fois.
Eux, ils partiraient à la mer bien sûr, je les y rejoindrais un peu plus tard, on épuiserait l’été ensemble là-bas, évidemment. Et puis, comme chaque année, il avait promis de rapporter des sablés à toute la famille.
« À bientôt, mon chéri.
– Sois prudente, appelle-moi.
– Mais oui, ne t’inquiète pas ! Allez, à dans une semaine… »
La voiture roule, les paysages défilent et je respire.
Retrouver ce lac, pédaler dessus. Car on peut pédaler sur l’eau en effet, on peut pédaler dans beaucoup de choses d’ailleurs, ou pédaler tout court.
Ces quelques jours de parenthèse solitaire furent délicieux. Le dernier soir, je m’assis au bord du lac, partagée entre soulagement, fierté et impatience de les retrouver. Je levai les yeux, une étoile filante traversa le ciel et je compris, enfin.
7 septembre 2024
